
allo allo
encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes
il y a les cigales qui étour- dissent leur vie comme leur mort il y a aussi l'eau verte
des lagunes même noyé je n'aurai jamais cette couleur- l
à pour penser à toi j'ai déposé tous mes mots au monts de-piété
un fleuve de traineaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain
et l'alcool de tes seins
allo allo
je voudrais etre à l'envers clair de la terre
le bout de tes seins à la couleur
et le gout de cette terre-la
allo allo
encore une nuit il y a la pluie
et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat
sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois
allo allo
l'accroissement du cristal c'est toi...c'est toi ô
absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l'aube
c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé des îles
et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles
sous le banian
Aimé Césaire